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Articles : Géographie et Environnement

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Donald TRUMP et l’Accord de Paris sur le climat.

Pourquoi Donald TRUMP a-t-il hésité à se retirer de l’Accord de Paris sur le climat ?

climat Donald Trump

L’Accord de Paris

L’Accord de Paris

Donald Trump et le climat

L’Accord de Paris sur le climat est issu de la COP21 (Conférence des Parties 21) organisée en France du 30 novembre au 12 décembre 2015. Il a été ratifié par 195 pays (174 pays et l’UE) qui se sont accordés autour de trois grands points :

  • Contenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C.
  • Se désinvestir des énergies fossiles.
  • Atteindre la neutralité carbone (équilibre entre les émissions de Gaz à effet de serre anthropiques et l’absorption de ces derniers par les puits de carbone tels que les forêts et les océans).

Pour entrer en vigueur, l’Accord de Paris a dû être signé par 55 pays représentant au moins 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES).

Qu’est-ce que la COP21 ?

 La COP 21 de Paris s’inscrit dans un processus de négociation climatique international impulsé en 1972 par le premier sommet de la terre organisé à Stockholm.  Il avait permis la création du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Ces rencontres décennales, dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies (ONU), permettent la mise en place d’outils juridiques et politiques afin de diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) sur la planète.

C’est le sommet de la terre de Rio en 1992 qui a adopté la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) entrée en vigueur en 1994. Les pays signataires de cette Convention-cadre se retrouvent chaque année à l’occasion des Conférences des Parties (la COP 21 correspond à la 21ème rencontre annuelle depuis 1994). Les sommets de la terre ont pour objectif de stimuler le développement durable à travers la mise en place des ODD (Objectifs mondiaux en faveur du Développement Durable). Ces derniers se sont substitués aux OMD (Objectifs du millénaire pour le développement) arrivés à échéance fin 2015.

Quels objectifs ?

Ces différentes rencontres ont instauré une capacité collective à diagnostiquer, gérer et combattre le réchauffement climatique en faisant intervenir des acteurs étatiques et de la société civile. En dehors des aspects législatifs et politiques, les sommets de la terre et les Conférences des Parties témoignent d’un enjeu symbolique fort, celui d’une force commune pour le respect des contraintes écologiques. Par conséquent, les débats sur l’efficacité concrète de ces sommets sont nombreux. Ils mettent en avant les inégalités géographiques et de développement de chacun des pays signataires et pointent du doigt certaines injustices actuelles. Les pays du Nord sont les plus gros pollueurs tandis que les pays du Sud subissent les plus grandes transformations climatiques (disparition de cinq îles dans les îles Salomon, sécheresse en Afrique subsaharienne, etc.).

Des critiques quant à la non-évocation de la tarification carbone et au non-abandon de l’extraction des énergies fossiles par l’Accord de Paris seraient légitimes. Des désaccords sur les seuils persistent (ex. contenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C quand celui-ci a augmenté de 1°C au-dessus du niveau préindustriel en 2015). Cependant, l’inertie décisionnelle souvent citée par les détracteurs ainsi que la faiblesse des objectifs sont à mesurer compte tenu du nombre important des participants, des approches environnementales et des enjeux liés à la culture, à la société et à l’économie de chaque pays. L’objectif de cet Accord se trouve dans la construction d’un appareil collectif à l’échelle planétaire adapté à tous. C’est une construction récente qui prend du temps.

Les critiques

Les critiques envers la COP21 de Paris portent également sur l’absence de contraintes juridiques en cas de non-respect de l’Accord. Ce dernier ne dispose pas de mécanismes coercitifs ou de sanction contrairement à ce que prévoyait le protocole de Kyoto (1997 entré en vigueur en 2005. Les sanctions peuvent être données sous plusieurs formes et les pays concernés ne sont pas obligés de les suivre, Accords de Bonn-Marrakech non adoptés par amendement au protocole de Kyoto).

L’Accord de Paris est un traité international et non un protocole (le droit international prime, en principe, sur le droit national). Par exemple, cet Accord n’est pas passé devant le Congrès américain, majoritairement républicain, qui aurait empêché sa signature. La mise en place concrète de l’Accord de Paris ne tient donc qu’à la bonne foi des pays signataires comme le prévoit la Convention de Vienne sur le droit des traités de 1969. De plus, les obligations juridiques mentionnées dans l’Accord de Paris jouent avec les nuances (« shall » ou « should ») complexifiant ainsi le travail de traduction tout en laissant la place à de possibles interprétations.

Par conséquent, s’il n’y a pas de contraintes législatives, qu’est-ce qui motive Donald TRUMP à sortir de l’Accord de Paris ?

 Donald TRUMP n’a jamais caché son désaccord avec les sommets de la terre. Sa campagne présidentielle fut parsemée de discours climato-sceptiques. Ses déclarations lors de Rio+20 en 2012 accusaient même le sommet de la terre de soutenir les Chinois. De plus, il a nommé Scott PRUITT, climato-sceptique, à la tête de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), agence qu’il a combattue lorsqu’il était ministre de la Justice de l’Oklahoma. La signature de l’Accord de Paris par Barack OBAMA en 2015 ne convenait pas au nouveau président américain.

Donald TRUMP est conscient des contraintes politiques qu’engendre une sortie de l’Accord. En effet, la société civile américaine ainsi que les organisations locales à l’instar des métropoles soutiennent cet Accord. Des villes comme Portland ou encore San Francisco sont des pôles actifs dans la protection de l’environnement. Certaines industries américaines ont commencé à réduire leurs émissions de GES sans attendre les traités internationaux. La sortie des États-Unis de l’Accord de Paris accentue donc les clivages idéologiques présents sur le sol américain. Certains proches de Donald TRUMP soutiennent l’Accord de Paris (sous certaines conditions) comme Ivanka TRUMP, sa fille et proche conseillère. Rex Tillerson, ministre des affaires étrangères et ancien CEO de la compagnie pétrolière Exxon Mobil aurait conseillé au président américain de ne pas se retirer, mais de renégocier le traité international (l’accord de Paris permet aux adhérents de modifier leurs engagements).

Qu’en est il de la sortie ?

Cependant, les États-Unis ne pourront sortir définitivement de l’Accord de Paris que dans trois ans, peu de temps avant les prochaines élections présidentielles américaines de 2020. C’est ce qui rassure les partisans de la COP21. Les États-Unis sont les deuxièmes plus gros émetteurs de GES après la Chine (25%) avec 18% des émissions. Les chiffres sont impressionnants et attestent, en partie, de l’échec de l’Accord de Paris avec le retrait des États-Unis.

Il est néanmoins nécessaire de prendre du recul sur ces pourcentages afin d’analyser les différentes situations actuelles. Par exemple, il est souhaitable de s’intéresser à l’émission de GES par habitant et non par pays. C’est évident que la Chine pollue plus que la France compte tenu de sa démographie, de sa superficie et de ses modes de production. Il est également utile d’observer les capacités de chaque pays à agir. Un pays qui a tendance à beaucoup polluer, mais qui possède les potentialités pour changer ses modes de production et de consommation sera moins surveillé qu’un petit pollueur qui n’a aucun moyen de gérer ses émissions. Il faut également observer les émissions de GES sur une période relativement longue.  On s’aperçoit alors que les émissions de CO2 de l’Europe par exemple, diminuent significativement depuis une soixantaine d’années.

Quelles conséquences ?

Aussi, la décision de Donald TRUMP de se retirer de l’Accord de Paris engendre donc de nombreux dommages collatéraux. Ils sont cependant compensés par les initiatives individuelles et locales de certaines villes et industries américaines. Les 18% d’émissions de GES des États-Unis sont loin d’être négligeables surtout quand on se penche sur les estimations de l’ONU qui prévoient 250 millions de réfugiés climatiques pour 2050.

Le président des États-Unis doit à ce jour trouver une cohérence entre ses déclarations de campagne et les intérêts (pas seulement climatiques) internationaux. L’absence de sanctions et la possibilité de se désengager de l’Accord de Paris a offert à Donald TRUMP la possibilité d’appliquer enfin ses promesses de campagne souvent bloquées par le congrès et la société civile. Ainsi, en mettant en retrait les États-Unis des négociations climatiques internationales, Donald TRUMP affecte considérablement la diplomatie et les relations internationales américaines tout en se mettant à dos une partie de la société. L’Accord de Paris n’est certes pas parfait, mais a besoin du soutien de superpuissances comme les États-Unis pour jouer son rôle de cadre global pour faire face aux changements climatiques.

 

Pierre Benjamin GIRARD, géographe, geogir.fr

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/climat/paris-2015-cop21/cop21-l-accord-de-paris-en-4-points-cles/

 

Habiter le voyage : Container et mondialisation

Habiter le voyage : container et mondialisation

Habiter le voyage container et mondialisation

Container et mondialisation

Container et mondialisation. La containérisation du monde est un processus connu qui s’est accéléré après la Seconde Guerre mondiale. Le container s’est à ce jour imposé dans les circuits de production et de distribution mondiaux et apparaît comme un des outils principaux de la mondialisation. Il est le symbole des échanges internationaux et prend une place prépondérante dans les paysages urbains et portuaires des Nord et des Sud.
Le container est également au centre de nombreux débats sociaux, environnementaux, économiques et géographiques. Il est la figure de proue du grand capital et s’est immiscé, dès son apparition à la révolution industrielle, dans les sociétés nouvellement industrialisées d’Europe et d’Amérique.

Réappropriation du container

Le duo container et mondialisation s’effrite. Depuis la fin des années 70, le container a intégré les milieux artistiques et notamment architecturaux pour devenir un outil design utilisé par certaines élites urbaines. Il participe aux phénomènes de gentrification des grandes villes et devient un outil de réhabilitation et de réappropriation de friches industrielles. On le retrouve dans les cités universitaires d’Amsterdam et du Havre notamment. Destiné au départ à un usage indifférencié de masse, le container devient un bien adapté à des contextes et à des usages précis. Il est devenu une interface entre terre et mer, mais également entre capitalisme et société. Ainsi, et d’un point de vue critique, l’économie, sauf si encadré par l’État, vient imprégner tous les aspects de la vie à commencer par l’habitation. Habitat flexible et flexibilité marchande.

« Cette fois encore, l’événement fut particulier à l’Angleterre ; cette fois encore, le commerce maritime fut à l’origine d’un mouvement qui affecta le pays tout entier ; et cette fois encore ce furent des améliorations menées sur la plus grande échelle qui causèrent des ravages sans précédent dans l’habitation du petit peuple » (Polanyi, la grande transformation, 1983).

Containers et Voyages

Les analyses et les réflexions ambivalentes sur l’objet container suscitent la curiosité du géographe. En effet, le container s’est entaché d’une réputation critiquable à bien des égards. Il est au cœur de polémiques environnementales (pollution des porte-containers, recyclage des containers usagés, etc.), économiques (outil du grand capital, etc.), sociétales (quelle place pour les logements container ?) et juridiques (le container est souvent assimilé juridiquement à de l’habitat précaire et à du logement mobile. Dans le cas des résidences universitaires du Havre, les locataires craignaient de voir disparaitre leur droit de vote. Cela pose également des questions concernant les APL). Les débats sont justes et les détracteurs du container légitimes.

Cependant, il possède le mérite de surprendre. Son utilisation actuelle allie pratique et esthétique. Mobile, modulable, il s’amuse à installer de l’infini dans du fini.
Le container dispose d’un pouvoir sur l’imaginaire non négligeable. Il incarne le voyage, la mobilité, l’anonymat, l’antimonde et est devenu l’image d’Épinal du transport maritime associée aux aventures de Tintin ou aux œuvres d’Hugo Pratt. La transformation progressive du container en objet artistique ou d’habitat est directement soutenue par sa dimension allégorique. Il joue le rôle du nomade sédentaire. Nous le voyons toujours immobile, entassé dans les ports alors qu’il ne cesse de naviguer. Il amène du Nord dans le Sud et du Sud dans le Nord.

Le container est par conséquent devenu un objet incontournable au 21ème siècle. Ses utilisations sont multiples. Les créations par son détournement compensent aujourd’hui, en partie, les aspects critiquables de ce dernier. Pour cause, de nombreux projets d’habitation fleurissent dans le monde et en Afrique notamment. Le binôme container et mondialisation se décline à ce jour à l’infini. Prolongeons encore et encore le voyage.

Container et mondialisation

Pierre Benjamin GIRARD, géogir conseils, geogir.fr

Qui doit figurer sur la carte du monde des meilleurs écrivains ?

Qui doit figurer sur la carte du monde des meilleurs écrivains ?

Cette carte de la littérature du monde ou carte du monde des meilleurs écrivains a été réalisée et publiée par Backforward24 sur Reddit. Elle se construit à partir de collages de couvertures de romans célèbres et met en avant un écrivain « emblématique » pour chaque « nation ».

L’idée est intéressante, mais affiche 3 problématiques majeures : quels sont les critères (qu’est-ce qu’un écrivain ? qui décide ?), qu’entend son auteur par « nation » et quelles sont les erreurs flagrantes de sa classification ?

Une erreur évidente saute aux yeux puisqu’Albert Camus est né en Algérie avant l’indépendance. Camus est donc français. Les écrivains et les romans algériens ne manquent pourtant pas (ex. Mohammed Dib).

Quels sont les critères qui définissent une Nation ? Kafka est né à Prague. Il n’est donc pas allemand. Il n’est pas tchèque non plus car nous sommes à l’époque de l’empire austro-hongrois. D’accord, mais il écrit en langue allemande diront certains. En France, il est considéré comme un écrivain tchèque de langue allemande.

De la même façon, pourquoi Victor Hugo en France et pas Charles Baudelaire ou Charles Péguy ? Les exemples sont nombreux sur chaque continent. Quelle est donc la méthode de classification de l’auteur ?

Backforward24 affirme s’être appuyé sur les critiques de livre présents sur le site américain Goodreads.

« J’ai choisi les livres en fonction des critiques sur Goodreads [une plate-forme de lecteurs en ligne], de l’accueil critique, du nombre de gens qui connaissent le livre, des choses comme ça. »

Cette carte du monde ne représente donc pas les plus grands livres de chaque nation, mais les livres de chaque nation les plus célèbres aux Etats-Unis. Pour cause, les misérables est à ce jour à l’affiche d’une comédie musicale qui cartonne aux Etats-Unis. Certaines critiques mettent également en avant le fait que Le Dieu des petites choses, d’Arundhati Roy, ne mérite pas de recouvrir à lui seul le sous-continent indien, fait remarquer un lecteur.

« C’est un livre connu par les anglophones en Inde, mais ce n’est certainement pas le livre le plus influent. Il y a des romans en hindi, en tamoul ou en bengali qui sont bien plus célèbres. »

Les choix peuvent être pertinents en Europe et pour les Etats-Unis (quoique) mais semblent très discutables pour l’Asie et l’Afrique. Cette carte littéraire du monde a cependant le mérite de lancer le débat et met en avant des auteurs africains, asiatiques et sud-américains peu connus du grand public européen et américain !

 

Pierre Benjamin GIRARD, www.geogir.fr

 

 

 

Zealandia, un nouveau continent ?

Zealandia, un nouveau continent ?

Le nombre de continents sur terre est actuellement en train d’être remis en cause. En effet, la société géologique américaine composée de chercheurs néo-zélandais, australiens et néo-calédoniens, vient de publier un article sur la découverte d’un « nouveau » continent.

Quelles sont les spécificités géographiques et géologiques de Zaelandia ?

Zaelandia est maintenant rentré dans la nomenclature des continents de notre planète terre. Environ 94% de cette zone se situe en dessous du niveau de la mer. Sa partie émergée est représentée par la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calédonie. Zaelindia est aussi vaste que l’Inde et faisait autrefois partie du supercontinent le Gondwana. Il est le plus jeune continent puisque sa croute est la plus fine et la plus submergée de tous les continents. Néanmoins, et selon Catherine Chauvel, directrice de recherche du CNRS à l’Institut des Sciences de la Terre à Grenoble, le Zaelindia ne serait pas vraiment un continent puisque la particularité de ces derniers réside dans leur caractère émergé. « Certes il y a une cohérence dans les structures géologiques, mais la caractéristique principale d’un continent est tout de même d’être émergé. Là, ce n’est pas vraiment le cas ». Un ensemble de critères mis en évidence par les chercheurs permettent de définir un continent :

  • Elévation au-dessus de la zone environnante
  • Géologie distinctive
  • Une zone bien définie
  • Une croûte plus épaisse que le sol régulier de l’océan

Le Zaelandia remplit suffisamment ces critères pour être ajouté aux 7 continents existants. Cependant et en prenant comptent des critères appropriés au Zaelindia, on peut également considérer Madagascar ou encore le Groenland comme des continents.

Enfin, il semblerait que la découverte de ce nouveau continent n’en soit pas réellement une ! Pour cause, la société géologique américaine explique dans sa publication que le Zaelandia « n’est pas une découverte soudaine, mais plutôt une prise de conscience progressive ». En effet, cette zone fait l’objet d’études et de recherche depuis le 19ème siècle. Le nom de Zaelandia a même été proposé en 1995. La rédaction de cet article est donc le résultat de plusieurs années de recherche. Les critères ont évolué à tel point que de nouvelles portions du globe peuvent à ce jour revendiquer le statut de continent.

Pierre Benjamin GIRARD

L’apport de la cartographie participative dans la cogestion des pêcheries artisanales au Sénégal : cas des CLPA du département Mbour.

DEMBA TINE, doctorant chercheur en Gouvernance du littoral, expert en gestion intégrée et développement durable.

L’apport de la cartographie participative dans la cogestion des pêcheries artisanales au Sénégal : cas des CLPA du département Mbour.

 École Doctorale Eaux, Qualité et Usages de l’eau. EDEQUE/ UCAD Dakar SENEGAL ;

Laboratoire Geomatique et Gestion de l’espace UMP/OUJDA MAROC

dembatine@gmail.com & tinedem@hotmail.fr

Sous la codirection du Professeur Isabelle Niang FST/UCAD Dakar Sénégal

Et du Professeur Abdelkader SBAI FLSH/ UMP Oujda Maroc

DEMBA TINE

 

 

 

RÉSUME

Suite à un constat général de la situation désastreuse des pêcheries mondiales, la convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) a été adoptée en 1982. Les États côtiers exercent leur souveraineté sur la zone économique exclusive (ZEE) et ils sont tenus de prendre en charge les besoins économiques des collectivités côtières vivantes de la pêche. De cette convention vient s’ajouter le code de conduite pour une pêche responsable de la FAO de 1995 qui, dans ces dispositions générales, demande aux États membres de prendre en considération les communautés traditionnelles dans l’aménagement des pêcheries. Pour être en phase avec les institutions internationales, le Sénégal a adopté une approche participative impliquant tous les acteurs pour une gestion durable des ressources halieutiques. L’État a alors mis en place une stratégie visant à se départir de l’approche descendante de gestion appelée « top Down » au profil d’une approche ascendante privilégiant la concertation à la base appelée « bottom- up » à travers de nouvelles structures appelées conseils locaux de pêche artisanale (CLPA). L’introduction de la cartographie participative dans cette cogestion rend plus efficaces des politiques participatives mises en place pour un développement durable des pêcheries dans le département de Mbour.

Mots clés : pêcheries, cogestion, convention, cartographie participative, Mbour, Sénégal

  ABSTRACT

 Following a general statement of the disastrous situation of world fisheries, the UN Convention on the Law of the Sea (UNCLOS) was adopted in 1982. The coastal states have sovereignty over the Exclusive Economic Zone (EEZ) and are required to support the economic needs of coastal living fishing communities. This agreement is in addition the Code of Conduct for Responsible Fisheries of the 1995 FAO, which in these general provisions requires Member States to take account of traditional communities in fisheries management. To be in line with international institutions, Senegal has adopted a participatory approach involving all stakeholders for sustainable management of fisheries resources. The state then set up a strategy to dispose of down management approach called « top-down » profile of a bottom-up approach favoring dialogue at the base called « bottom-up » through new structures called local artisanal fishing council (CLPA). The introduction of participatory mapping in this co-management makes it more efficient participatory policies in place for sustainable development of fisheries in the department of Mbour.

Keywords: fisheries co-management agreement, participatory mapping, Mbour, Senegal

 

Introduction

Le Sénégal est confronté à une préoccupante problématique de la gestion durable de ses ressources marines et côtières. C’est dans ce contexte que des axes stratégiques de réforme du secteur dans le cadre d’une politique sectorielle visant prioritairement la gestion durable et la restauration des ressources halieutiques, par une approche centrée sur les acteurs professionnels ont été élaborés et ont développé des approches en matière de cogestion locale des pêcheries à travers de nouvelles structures appelées conseils locaux de pêche artisanale (CLPA).

Le département de Mbour regroupe les deux plus grands centres de pêches artisanales du Sénégal. Mbour-Joal possède plus de 25% des unités de pêche du Sénégal et assure 40% des débarquements totaux des poissons au Sénégal (DIAKHATE; 2005). Cependant, la seule ville de Mbour fournit 30% de la production régionale et 40% de la production nationale. Tous les types de pêche y sont de plus en plus représentés.

Pour un développement durable de la pêche dans le département de Mbour, les CLPA de la zone doivent en partenariat avec des structures d’appui à la cogestion introduire la cartographie participative pour délimiter les zones de pêche, mais aussi la géographie des espèces cibles à savoir les thiofs, les cambiums, les sardinelles et les poulpes pour une cogestion plus efficace.

  1. Présentation des CLPA département de Mbour

Le département de Mbour regroupe quatre CLPA dont deux CLPA terroirs : le CLPA de Sindia Nord et le CLPA du Sindia Sud. Le CLPA terroir regroupe plusieurs villages intervenant dans la même zone géographique et fréquentant les mêmes zones de pêche. Les CLPA métiers sont : le CLPA de la commune de Mbour et le CLPA de la commune de Joal-Fadiouth. Le CLPA métier couvre une seule localité et constitué de différents groupements professionnels appelés collège.

Figure 1 : carte de localisation des CLPA du département de Mbour

  1. La Cogestion

Plusieurs définitions venant d’auteurs différents ont été notées sur le concept de cogestion parmi : La cogestion est un partage des prises de décision et des responsabilités pour la gestion des ressources, entre les communautés de pêches et la gestion centralisée du Gouvernement (Promeroy et Berkes 1997).

Cependant la cogestion peut être définie comme un système qui autorise un partage du pouvoir de prise de décisions, des responsabilités et des risques entre le Gouvernement et les parties prenantes, ceci incluant de façon non exclusive les utilisateurs de la ressource, les intérêts environnementaux, les experts et les producteurs de la richesse… Essentiellement, une forme de partage du pouvoir par les étapes à travers des différents accords légaux ou administratifs impliquant souvent un forum de discussions et un processus de négociation.

  1. Étude de cas des CLPA

Le CLPA est une organisation apolitique à but non lucratif regroupant les acteurs de la pêche artisanale d’une localité déterminée. C’est un organe de gouvernance locale des pêches. Le CLPA a pour objectif principal de fédérer tous les acteurs autour de la gestion durable des ressources halieutiques. Schématisation l’organigramme fonctionnement du CLPA au niveau local figure1 pour une meilleure connaissance de cet organe de cogestion.

 Figure 2 : Organigramme de fonctionnement du CLPA au niveau local

  1. localisation des zones de pêche et cartographie participative des CLPA du département de Mbour.

4.1. Description du processus:

Cette activité a consisté à localiser par GPS l’ensemble des zones de pêche et les espèces ciblées (la sardinelle, le poulpe, le cymbium, le thiof) en collaboration avec les acteurs à la base en l’occurrence les relais et les représentants des différents collèges des pêcheurs. L’exercice de cartographie participative s’est fait à travers des focus groups où sont représentées les différentes personnes ressources du CLPA. Au cours des entretiens, les pêcheurs ont procédé aussi à la représentation et à la délimitation des zones de pêche sur un fond de carte de la zone. Des sorties en mer ont été effectuées en compagnie des pêcheurs pour géolocaliser les zones de pêche.

4.1.1. CLPA de Mbour et de Sindia

D’après les pêcheurs, la zone de pêche de la sardinelle du CLPA de Mbour est comprise sur une bande allant 1 et 50km au large. En ce qui concerne la zone de Sindia, l’identification des zones de pêche a été facile grâce à l’examen de la carte des rochers réalisée par les acteurs à la base dans le cadre de la délimitation de l’aire marine communautaire. Les prises des espèces démersales telles que le thiof, le cymbium et le poulpe sont effectuées à partir de 12 km jusqu’à plus de 50 km.

                       4.1.2 CLPA de Joal- Fadiouth

Le CLPA de Joal est caractérisé par la présence d’une aire marine protégée, où l’activité de pêche est autorisée que sur partie et à une période bien précise. Pour les pêcheurs interrogés, la zone de pêche de la sardinelle débute juste après la limite de l’AMP de Joal à plus de 70 km au large. La zone s’étend  de kellou Ngazobil jusqu’à la pointe de Sarène. Selon les pêcheurs  les prises des  espèces comme le poulpe et le thiof  sont faites à partir de 25 km de la côte  jusqu’à 100 km au large.  Quant au  stock de cymbium, il se situe entre 16 et 25 km. Une douzaine zones de pêche a été répertorié et localisé au GPS.

 Edité par : Hlal. Med. & Tine. D.

Figure 4 : carte de localisation des zones de pêche du CLPA de Joal

Conclusion

La cogestion bien qu’elle a des limites du fait de son organigramme de fonctionnement reste très efficace pour la gestion durable des pêcheries au Sénégal. A l’aide de la cartographie participative, nous avons une meilleure connaissance de la situation géographique des pêcheries. Cette méthode fait la synergie entre connaissances scientifiques et empiriques des habits marins et de la nature de conservation des différentes espèces. Le système d’information mis en place sera un outil moderne de gestion, de suivi et de planification des activités dans le cadre de la cogestion durable des pêcheries dans le département de Mbour.

  

BIBLIOGRAPHIE

CSE& USAID 2012 : Dynamique de l’occupation des soles, cartographie des CLPA, des zones de pêche et mise en place d’un système d’information géographique ; Rapport d’exécution, 58pages.

DIAKHATE .M. (2005) : Pêche et environnement ; Perception de la surexploitation halieutique et stratégie de gestion par les pêcheurs artisans de Mbour et de Joal (Sénégal) ; DEA  géographie, FLSH, UCAD, 58 pages.

Pomeroy R.S, Berkes F. 1997. Two to tango: the role of government in fisheries co-management, marine policy, 21:465-480.

Tine (D) 2012: Gestion durable des ressources marines et côtières dans l’espace Mbour-Saly : cas de pêcheries, mémoire de master2 GIDEL, dpt. De géographie, FLSH, UCAD, 112 pages.

 

 

Mais où est la géographie ?

 

La géographie

L’espace et le temps ?! Voilà sur quoi réfléchit l’espèce humaine. Les chemins diffèrent, les époques se font, les recherchent avancent et parfois un raisonnement émerge. Qu’est-ce que l’espace et le temps ? Les adeptes de Douglas Adams répondront 42, les philosophes s’opposeront, les mathématiciens découvriront la relativité générale. Et le géographe ?

Le géographe s’adapte ! Il fait des cartes quand c’est la guerre, il recense quand c’est nécessaire, il découvre quand on pense qu’il n’y a plus rien à découvrir… Mais pas seulement…
Le géographe, c’est une personne ressource, celle qui relance les sciences sociales quand ces dernières ont un point de côté, celle qui donne une boussole pour repérer et se repérer. La géographie est un couteau suisse, elle développe les idées comme l’outil prolonge la main. Mais concrètement ?

La géographie réfléchit, définit, les problématiques temporelles, spatiales et environnementales actuelles. Elle est à la fois devant et derrière l’œil. Elle s’interroge sur l’espace, le territoire, le lieu, les frontières, etc. Elle possède souvent une longueur d’avance lui permettant d’avoir un avis pertinent. La géographie sert à nuancer l’espace et le territoire. Elle en observe dix quand la plupart n’en voient qu’un !

Alors pourquoi ne l’entendons nous pas ?

La géographie a trop peu la parole. Science du lien par excellence, elle laisse souvent sa place aux sciences de références, utiles, mais parfois à bout de souffle, usées par le temps et la modernité. La géographie, elle, a su s’adapter et même anticiper ! Son champ d’application est infini, de la géomorphologie à la démographie.

Mais, dans une période où la spécialisation est devenue un gage de compétence, la géographie effraie. La compartimentation des savoirs, des domaines d’activité a écarté la géographie des débats publics. A ce jour, chaque tâche est compartimentée, imperméable au recul donc à la pertinence. Le travail à la chaîne a transcendé le cadre des usines pour s’installer et cloisonner à sa façon les différents secteurs d’activité. Chacun son savoir, ses compétences, son travail, son espace, son territoire, ses frontières… Moi, géographe, je ne serais bon qu’à connaitre la sous-préfecture des Vosges à l’instar du juriste qui connaitrait par cœur son code civil. Les choses sont bien plus complexes, ne vous en déplaise !

Les ravages de la spécialisation sont visibles sur toute la planète ! Les spécialistes de la santé ont donné des moustiquaires aux habitants Vezo de Madagascar, ces derniers s’en sont servis de filer de pêche pour racler les fonds coralliens. Les spécialistes de l’environnement ont évacué les populations autochtones des espaces protégés, l’écosystème s’est effondré. La liste est encore longue ! Les spécialistes ont vaincu ? Surement pas !

Aussi, la géographie n’est en aucun cas la solution miracle à nos lacunes méthodologiques. Elle commet des erreurs, fait parfois fausse route et n’est pas toujours à la hauteur de ses propres interrogations. Elle possède cependant ce que beaucoup n’ont plus : une pensée complexe (complexus : tisser ensemble) ! Les modes de pensée traditionnels compartimentent les disciplines. La géographie lutte contre l’isolement des objets de connaissance et appréhende le réel en entrecroisant les savoirs. C’est la science du lien ! Les grands génies de ce monde en sont l’exemple parfait : Léonard de Vinci était à la fois artiste, scientifique, ingénieur, inventeur…

Nous sommes tous géographes !

Pierre Benjamin GIRARD, géographe consultant, www.geogir.fr

Les transferts de modèles de représentation : les relations Homme et Nature

 

Métaphysiques et connaissances scientifiques au service des représentations

Il existe une réelle importance historique dans l’étude des relations Homme et Nature. Elle fut étudiée par de nombreux auteurs dont certains seront développés au sein de ce dossier. Ainsi, Jean-Paul Deléage, « histoire d’une écologie », ou encore Bernard Charlery de la Masselière, « De la nature comme regret à la nature comme prétexte », établissent des études sur les représentations coloniales de la nature en Afrique sub-saharienne. Cette relation est un point de départ dans la compréhension des représentations d’un milieu et de sa gestion face aux besoins et aux risques. Dans un contexte colonial du 19ème siècle, mais également en pleine révolution industrielle, les puissances occidentales sont confrontées à un double besoin : exploiter les ressources naturelles et « sauvegarder » un milieu pour son rayonnement métaphysique, grand « prétexte colonial ». Aussi, prenons comme exemple une première source écrite concernant les forêts tropicales de l’Afrique sub-saharienne de l’Abbé Lucien Vigneron dans « Sang noir, scènes de la vie esclavagiste dans l’Afrique équatoriale », 1893 : « […] la végétation constamment printanière, sous un ciel de feu ces grappes massives, ces fruits gonflés de sève qui pendent sur les arbres […] les habitants s’harmonisent avec le paysage […] leurs traits semblent proclamer qu’ils vivent au milieu de grasses prairies, de vallées fertiles, dans un pays de laitage, de miel et de vin. […]Le temps doit venir où l’Afrique tiendra son rang dans cette marche incessante du progrès humain. La vie s’éveillera là avec une splendeur et une magnificence inconnue de nos froids pays. Oui, dans cette terre mystique de l’or, des perles, des épices ardentes, des palmiers ondoyants, des fleurs merveilleuses et de la fertilité sans bornes, l’art produira des formes nouvelles et la magnificence saura revêtir un éclat nouveau. » Vigneron, Lucien, op. Cit. p. 57-58, 289-290. La description effectuée par l’Abbé Vigneron, détaille une nature paisible, prolifique, rattachée à un idéal biblique.

Des représentations artistiques

La nature devient alors un objet artistique, un tableau dont la destruction est inenvisageable, à l’image du tableau de Jérôme Bosch, Le jardin des délices, réalisé entre 1503 et 1504, faisant référence au jardin d’Eden et à l’Enfer sur ses trois volets. La présence sur le volet gauche d’animaux comme la girafe ou l’éléphant, agrémentés de plantes tropicales au premier plan par exemple, tend à montrer une inspiration du milieu subsaharien dans la peinture de Jérôme Bosch (Exploration des côtes africaines 100 ans plus tôt par les Portugais). Le milieu naturel devient donc un espace coincé entre représentations religieuses, artistiques et réalistes. Quels vont ainsi être les risques dans la gestion de ces espaces ? Comme l’explique Bernard Charlery de la Masselière dans « De la nature comme regret à la nature comme prétexte », la forêt tropicale, au début de la colonisation, est un espace en danger, car il est géré et exploité par des « sauvages prédateurs », qui détruisent une représentation du jardin d’Eden. La Nature est alors vécue, par les Occidentaux, comme un « regret nostalgique de l’éden biblique ». Le « prétexte colonial » s’inscrit inévitablement dans des logiques religieuses allant de la conversion des populations à l’interprétation des milieux naturels comme la forêt par exemple. Le jardin d’Eden est un synonyme du Paradis puisqu’il est décrit de manière presque similaire dans la bible : dans le Cantique 4:13 : « Tes fruits sont un pardes (paradis) de grenadiers, avec les fruits les plus excellents, etc. ». Cette citation n’est pas sans rappeler celle de l’Abbé Vigneron, qui utilise la forêt tropicale comme véritable lieu biblique. De plus, une autre critique pourrait porter sur le sens du mot Eden ? Est-il employé dans un but géographique, ou dans un objectif métaphorique ? Le mot « Eden » ferait référence, d’un point de vue anthropologiste, à un lieu de mémoire culturelle, à une époque paisible, contrastant avec les labeurs agricoles des peuples dit « civilisés ». Le jardin d’Eden ne serait alors pas à prendre d’un point de vue géographique et n’aurait pas de représentations fixes. L’espace naturel devient ainsi le théâtre des affrontements entre les différentes grilles de lecture occidentales et locales. Les erreurs d’interprétation des colons quant à la gestion des milieux par les autochtones fut un des premiers risques importés par les Occidentaux. Ces erreurs sont également liées aux représentations agraires des Occidentaux en comparaison avec leur propre système. Aussi, les paysages agraires Occidentaux sont plutôt organisés. A l’inverse, les parcelles sur le continent africain semblent être désorganisées pour l’œil occidental. De plus, les systèmes de culture sont distincts entre l’Europe et l’Afrique. Ces systèmes (particulièrement les systèmes itinérants) sont décrits comme primitifs et associé à l’âge néolithique (source : R. Lebeau, 1969, réed 2000). La culture itinérante est qualifiée de « cancer des pays tropicaux » par R. Lebeau. En effet, il voit dans la culture itinérante, une rupture de l’équilibre entre une quantité de population optimale, corrélée à des ressources naturelles sur un espace donné. Les théories malthusiennes font leur apparition dans les thèses de René Lebeau, qui oublie sans doute l’évolution des technologies pour appuyer le développement (ex : modèle de Solow) et l’importance d’une augmentation (certes encadrée) des populations dans les dynamiques de développement des pays africains (ex : main d’œuvre, nouveaux marchés de consommation).

Contextualisation à travers les écrits de René Lebeau

René Lebeau décrit deux grands systèmes agraires mondiaux très contradictoires dans son livre « Les grands types de structure agraire dans le monde », 1969 : « Les systèmes de culture sont dans la dépendance des facteurs naturels, des conditions du sol et du climat qui régissent le développement de la plante » et « Les systèmes de cultures ne sont pas strictement déterminés par la nature, ils résultent toujours d’un choix humain ». L’année de parution ainsi que le propos nous indique une pensée géographique encore teintée de déterminisme, mais aussi pondérée par une réflexion possibiliste (terme créé par l’historien Lucien Febvre et développé par Vidal de la Blache fin du 19ème siècle, mettant en lien, à l’inverse du déterminisme, des relations homme et nature en fonction des techniques, des choix de ces derniers.). La vision de René Lebeau à travers son ouvrage et particulièrement dans ces citations, indique une vision très binaire des systèmes agraires et en fait une typologie parfois décalée vis-à-vis des réalités spatiales, politiques et sociales (ex : il oppose un système agraire affilié au socialisme, inefficace, mais rassurant avec un système agraire dit « capitaliste », porteur de chômage). La complexité des systèmes agraires liée à une multitude de paramètres culturels, religieux, sociaux, économiques et environnementaux, rend difficile l’élaboration d’une typologie dans les systèmes agraires africains, même si des ressemblances existent. Il faut évidemment prendre en compte dans cette critique le contexte d’écriture de ce livre. En effet, l’existence à cette époque d’un monde bipolaire, ainsi que la rareté des études à ce sujet, obligent des insuffisances descriptives. Le transfert des modèles de représentations à travers la religion par exemple, ou l’analyse scientifique des systèmes agraires grâce aux grilles de lectures occidentales ont apporté une lecture souvent erronée des milieux tropicaux, déstabilisant ainsi l’équilibre séculaire des autochtones avec leur environnement. Cet équilibre rompu est un risque pour la compréhension des milieux et peut entrainer une altération dans la gestion de ces espaces. Gestion liée à des modèles coloniaux, elle peut être à ce jour utilisée à des fins d’accaparement ou de compensation.

Pierre Benjamin GIRARD, www.geogir.fr

La diplomatie des ONG : quelle pertinence dans les dynamiques multi-scalaires actuelles ?

 

Contextualisation de la relation ONG-Diplomatie…

C’est à partir des années 1980, que l’ensemble des pays développés a vu s’étendre  la société civile. Celle-ci est ainsi rentrée dans le mouvement de la mondialisation au même titre que les marchandises, les biens et les capitaux. L’émergence des tissus associatifs et civiques s’inscrit ainsi dans des réflexions et des questions globales. L’ONU dénombrait 13 000 organisations de citoyens transnationales en 1981, elle en recense aujourd’hui près de 50 000. L’importance prise par les institutions internationales comme la banque mondiale, le FMI ou l’OMC dans la seconde moitié du 20ème, a obligé les organisations de citoyen et plus précisément les ONG, à développer des relations particulières avec ces organismes à propos des questions globales comme les droits de l’homme, l’environnement, la  santé, la justice sociale ou encore le développement à l’instar d’Oxfam, Greenpeace ou la WWF. Il en est de même pour les Etats, réels décideurs sur la scène internationale. De plus, les différentes situations plus ou moins urgentes que connaissent certaines régions du monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale amènent les ONG à effectuer un travail de court terme et de long terme auprès de situations délicates. Il faut également prendre en compte les évolutions technologiques et médiatiques, qui ont permis le lien entre des événements « lointains » et une prise de conscience proche. Les journaux, la télévision et maintenant les réseaux sociaux permettent un rétrécissement du monde propice au développement des ONG (les nouvelles technologies permettent la mise en place d’un marketing pour celles-ci). C’est donc à partir de ce développement que les ONG sont de plus en plus amenées à rentrer dans les jeux diplomatiques internationaux.

…qui entraine la mise en place d’un jeu d’échelle

Cette nouvelle place que disposent aujourd’hui les ONG entraine une connaissance pour celles- ci des mécanismes du jeu diplomatique international, en ce qui concerne les Etats, les institutions et les organismes internationaux avec lesquels les ONG vont être amenées à collaborer. L’importance du droit international doit être prise en compte par les ONG. Ainsi, elles doivent s’intégrer dans un système où chaque acteur gouvernemental, institutionnel doit convaincre pour ses intérêts propres. Le champ d’action des ONG doit dans un premier temps s’adapter aux situations déjà en place. Le contexte mondialisé ainsi que l’émergence des ONG permettent de remettre en cause l’adage journalistique : « Nous sommes plus touchés par un événement proche que par un événement lointain ».   En   effet,   l’habileté   des   ONG   réside,   ou   résiderait,   dans   la « déspatialisation » des phénomènes, afin de toucher le plus grand nombre de personnes. Cette forme de diplomatie à l’égard de la société civile, du profane, permet la mise en place d’action, par des acteurs, peu concernés ou impliqués dans le monde des ONG. L’exemple des divers ouragans à Haïti, du tsunami en 2004, ou encore du tsunami aux Philippines, montre la mobilisation financière, mais aussi humaine grâce au relais effectué par les ONG entre le lieu du drame et la collecte internationale de fonds. Cependant, la diplomatie utilisée pour mettre en action les citoyens à travers la planète n’est pas encore convaincante. Même si les mobilisations pécuniaires et humaines ont été remarquées, les fonds débloqués ont parfois connu des itinéraires relativement flous. Pour cause, les donateurs n’ont pas toujours su la destination ainsi que l’utilisation de l’argent qu’ils donnaient. Cela montre l’exploitation de la mondialisation, du rétrécissement de l’espace, pour mobiliser la société civile, mais également une utilisation de l’espace, de l’éloignement, pour dissimuler certaines actions. Un problème de transparence est encore à observer dans les échanges internationaux. C’est dans ces circonstances que le jeu diplomatique des ONG prend de l’importance, au sein de dynamiques locales et globales.

 Une présence sur la scène internationale qui atteste d’une évolution rapide des relations entre ONG et diplomatie

La mondialisation a permis de montrer que la politique internationale ne reposait pas que sur des liens interétatiques, mais sur des interactions multiples. Ainsi, les ONG sont le symbole de ce détachement dans les relations internationales et ont fait l’objet de débat quant à leur volonté désintéressée, et sans but lucratif. Les Etats ont encore leur mot à dire, mais doivent prendre en compte des acteurs transfrontaliers. Il  devient ainsi courant de parler pour les ONG, « d’acteurs hors souveraineté ». Cette présence accrue sur la scène internationale permet un élargissement du jeu d’échelle. En effet, dans les pratiques des ONG, le local se construit grâce à des partenariats. De manière globale, les actions des ONG doivent être divulguées et soutenues par une base populaire.  Cet emboîtement entre  le  local et le global est possible  grâce  à  la  création  de réseaux permettant de populariser les objectifs. Ainsi, deux outils ont été utilisés pour construire cette diplomatie. Dans un premier temps, la réunion de centaines d’ONG autour d’une cause commune, issues de cadres sous régionaux, continentaux ou planétaires. Dans un second temps, la création de plateformes nationales permettant d’associer des ONG de pays émergents ou du Sud aux côtés d’organisation du Nord. L’objectif est ici d’installer une diplomatie parallèle à la diplomatie classique et lui permettre d’avoir comme impulsion les sociétés civiles.

Diplomatie non gouvernementale et politiques internationales

Cette implantation au sein de dynamiques internationales a permis à des ONG de devenir expertes dans la mondialisation des processus de transnationalisation. Le contexte de la fin du 20ème siècle dont nous avons déjà parlé (mondialisation, internet, réseaux sociaux…) ainsi que la mise en place de réseaux et d’une bonne connaissance du droit international a permis à des ONG locales, qui n’avaient pas, de prime abord, les moyens de se faire entendre, la possibilité, grâce aux interconnexions qu’elles ont construites, de passer par des ONG plus importantes au Nord. Le relais s’effectue ainsi, en participant à la constitution d’une toile mondiale et multiscalaire. Les ONG ont pour but l’élaboration de nouveaux rapports de force et la mise en place de partenariats avec des entreprises multinationales ou des Etats par exemple. Elles ont pour volonté la participation aux prises de décisions et à leur mise en œuvre. Leur  efficacité réticulaire et spatiale pour un coût financier et en ressources humaines inférieur à celui des Etats, peut à ce jour rivaliser avec les grands réseaux diplomatiques existants. Les ONG deviennent partie prenante de la complexité croissante des politiques internationales. Cette diplomatie s’articule autour de trois courants : les drames sociaux, la réforme des institutions internationales et l’environnement.

Les aspects critiques d’une diplomatie non gouvernementale

Il devient évident que cette « nouvelle diplomatie » ne fait pas l’unanimité, surtout auprès des diplomates professionnels. Une des principales critiques repose sur la transformation des ONG en partis politiques internationaux. Cela pose le problème de la légitimité, mais aussi de la démocratie. Certaines ONG sont accusées de contourner, grâce aux  techniques évoquées plus haut (réseaux, diplomatie, partenariat…), les obstacles démocratiques, spatiaux et légitimes propres aux partis politiques déclarés. Les ONG se légitiment en se faisant les représentants de la société civile. La question est la suivante : doivent-elles représenter qui que ce soit, ou rappeler l’existence de problèmes, occultés par de nombreux intérêts ? Cependant, ces critiques sont souvent issues d’une « concurrence des diplomaties », et prouvent l’importance de la diplomatie non gouvernementale à ce jour. Il est alors remis en cause la partie désintéressée des ONG qui faisait débat au début des années 1970. Bertrand Badie, politologue, spécialiste des relations internationales et professeur l’IEP de Paris, parle même de « nouveaux bourgeois internationaux » et fait référence à la bourgeoisie du 18ème siècle qui s’emparait des choses publiques.

Pierre Benjamin GIRARD, géographe consultant

Le géocaching, c’est quoi ?

Qu’est-ce que Le Géocaching ?

Le géocaching est une activité de plein air qui s’est développée dans les années 2000. L’objectif est de localiser, à l’aide de coordonnées géographiques, un objet, dissimulé dans des espaces urbains ou ruraux. Cette pratique a vu le jour après l’ouverture au grand public du system Global Positionning System (GPS) le 2 mai 2000. Jusqu’alors utilisé par le gouvernement américain, le GPS grand public (localisation d’un objet dans un rayon de 20m) a ouvert de nouveaux horizons pour la surveillance, les transports, mais aussi pour les loisirs.
Le 3 mai 2000, Dave Ulmer, consultant en informatique, testa la précision du GPS en dissimulant un objet dans une forêt. L’objet avait pour coordonnées N 45° 17.460 W 122° 24800 (Beavercreek près de Portland). Cette première idée fut baptisée « Great American GPS Stash Hunt ». La consigne était simple : « take some stuff, leave some stuff » (prenez quelque chose, laissez quelque chose). De nombreuses personnes trouvèrent la boite et recommencèrent à leur tour l’expérience. Des sites internet dédiés à cette activité sont mis en ligne. Le terme « géocaching » est adopté le 30 mai 2000.

Liste des géocaches à Paris. Source : www.geocaching.com

 

A ce jour, le géocaching est une véritable activité pratiquée par des millions de personnes à travers le monde. Des énigmes sont parfois utilisées pour trouver les coordonnées géographiques et certains objets sont placés dans des endroits reculés. Il existe à ce jour des géocaches sur toute la planète!

Géographie et géocaching

En dehors de son aspect ludique, le géocaching développe de nombreux atouts géographiques pour les Homo geographicus que nous sommes (nous sommes tous potentiellement géographe comme le sous-entend le titre du livre de Robert David Stack publié en 1997 : Homo geographicus).  Le géocaching fait appel à des représentations nouvelles de l’espace. Les objets sont dissimulés dans des endroits devenus communs, où la contemplation de l’espace s’est effacée au profit de son utilisation pratique, quotidienne. Pourquoi s’arrêter sur ce pont ou au coin de cette rue ? Il met en avant la superposition des territoires et entraîne de nouvelles pratiques spatiales. Il permet de sortir des sentiers battus et remet en cause les pratiques courantes de l’espace imposées par l’aménagement territorial (rues, routes, etc.). Le géocaching est donc une première étape dans la théorie de la dérive (Guy Debord, 1956). L’objectif ultime est de se laisser dériver dans l’espace sans finalité précise, hors des trajectoires préétablies. « Les axes de circulations habituels nous entraînent trop souvent vers des lieux fonctionnels et parfois hostiles «, Guy Debord. Même si le géocaching possède ses propres finalités, il permet cependant de dériver dans l’espace.

Quelle est sa portée ?

Cette nouvelle pratique de la ville pourrait intéresser les collectivités locales afin de diversifier leurs activités et mettre en valeur leur patrimoine.
Prenons l’exemple de la ville de Lisieux. L’organisation spatiale de la ville prend en compte son histoire. Des parcours avec marquage au sol ont été développés afin de permettre aux touristes de se déplacer entre les différents lieux de vie et de culte liés à Saint Thérèse de Lisieux. L’idée est bonne et pourrait être déclinée sous plusieurs formes à l’aide notamment du géocaching. « La géographie n’est autre chose que l’Histoire dans l’espace et, de même que l’Histoire est la géographie dans le temps », Elisée Reclus. Le million de visiteurs annuel aurait alors la possibilité d’emprunter des trajets alternatifs afin de pratiquer la ville comme il l’entend et mettre en avant « l’espace mobile ». Le géocaching permettrait ainsi d’associer ceux qui contemplent l’Histoire et ceux qui contemplent l’Espace !
Un jour, je l’espère, on construira des villes pour dériver. En attendant, certaines activités comme le géocaching permettent de s’extraire des flux habituels.

Comment pratiquer le géocaching ?

Différents sites internet permettent à ce jour de pratiquer le géocaching. Cependant, le site www.geocaching.com est le plus abouti et s’inscrit dans une pratique internationale du géocaching. Il propose des milliers de géocaches à travers le monde avec leurs coordonnées et de multiples activités dans sa version Premium. Vous pouvez consulter les règles du jeu, cacher des objets à votre tour et créer des communautés.
Des pages Facebook, des applications smartphone ainsi que des sites français sont également dédiés à cette activité (ex. www.france-geocaching.fr).

Pierre Benjamin GIRARD, géographe consultant, géoGIR (www.geogir.fr)

Le paradigme d’autorité et de confiance mutuelle

Qu’est-ce que c’est ?

Les ressources naturelles sont à ce jour menacées par une pluralité de paramètres sociaux, économiques et environnementaux qui questionnent sur l’attitude des populations locales, la pertinence des politiques publiques et les actions des ONG. L’équilibre entre « conservation » et « prise en compte progressive » de la situation par l’intermédiaire du développement durable et ses trois piliers apparaît précaire. Pour cause, les moyens limités que possèdent les Etats pour assurer des politiques publiques environnementales cohérentes et soucieuses des dynamiques locales font face à une ambition de ces derniers de s’insérer dans le débat environnemental mondial. Cet équilibre fragile renvoie à deux modes de gouvernance s’appuyant sur deux paradigmes distincts : le paradigme d’autorité et le paradigme de confiance mutuelle.

Le paradigme d’autorité se réfère au rôle des autorités publiques dans la gestion et l’évaluation des risques. Les réglementations sont élaborées de manière centralisée et cela pour chaque type de risque. La mise en place de ces réglementations trouve sa légitimité à travers l’analyse d’experts scientifiques. A l’inverse, le paradigme de confiance mutuelle met en avant des processus de décisions décentralisées où une multitude d’acteurs prennent part à la gestion des ressources et l’analyse des risques. Le savoir scientifique n’est pas le seul critère décisionnel. La confiance mutuelle prend son sens dans la multiplicité des parties prenantes (stakeholders). Ces dernières représentent une entité, une institution, un groupe de personne, une entreprise, qui ont un intérêt en jeu. Les médias, les bailleurs de fonds, les actionnaires ou encore les ONG sont des parties prenantes dans le domaine de l’environnement. Les décisions qui en découlent relèvent d’une autorité collective et reposent sur les bases d’une confiance sociale entre les parties prenantes. Néanmoins, les diverses autorités présentes dans ce paradigme amènent à une surreprésentation de certaines parties prenantes dans les initiatives de gestions des ressources naturelles. Dans certains pays en voie de développement (ex. Madagascar) les ONG joueraient un rôle capital dans la gestion des ressources naturelles. « Ces rôles démesurés des ONG tendent non seulement à éroder l’autorité de l’Etat, mais de plus ne donnent pas suffisamment de place aux communautés locales, à travers un « simulacre » de participation » (Dahou et Weigel, 2004).

Une complémentarité certaine dans ces deux modes de gouvernance

D’un point de vue pratique, l’approche « autoritaire » est pertinente dans un contexte de décision simple dans la mesure où l’identification d’un risque (qui rappelons-le, représente la convergence entre un aléa et une vulnérabilité) et les solutions qui en découlent entrainent un bénéfice certain à la société dans sa globalité. En outre, l’approche de « confiance mutuelle » est utile dans des contextes spécifiques et caractérisés par une complexité marquée par la présence d’une multitude d’acteurs et d’enjeux avec des intérêts différents. Ces distinctions entre ces deux paradigmes permettent de les définir et de les appréhender, mais n’engagent pas une différenciation totale. Pour cause, ils s’entremêlent souvent dans la gouvernance environnementale et se succèdent mutuellement quand l’un des deux est dans l’impasse.

Ces types de gouvernance se retrouvent par exemple dans la gestion des Aires Marines Protégées (AMP). Ces dernières ont été généralisées par la Convention sur la diversité biologique et visent à protéger une partie ou la totalité de l’environnement qu’elle délimite.  3 types d’AMP peuvent être identifiés et définis.

  • L’AMP « réserve » qui est une réserve intégrale, une zone de conservation totalement protégée où les prélèvements sont interdits. Cette définition est utilisée par l’UICN.
  • L’AMP « multi-usage » est un espace utilisé par différents acteurs, mais qui a une vocation de conservation. Les usages sont présents sur la totalité ou partie de la zone conservée. De plus, une partie de leur surface est entièrement protégée.
  • Les « Restrictions Spatio-Temporelles » (RST) incluent les zones de pêche et la protection d’une ressource halieutique et l’optimisation de la pêche.

  La mise en place de ces espaces protégés accumule 4 intérêts majeurs :

  • Un intérêt écologique évident qui oblige une protection et une restauration du patrimoine naturel.
  • Un intérêt touristique comprenant des composantes culturelles et pédagogiques.
  • Un intérêt halieutique dans la multiplication du nombre de poissons et de crustacées compte tenu de l’interdiction d’accès de ces zones. En conséquence, les populations locales ont du mal à pêcher selon leurs besoins.
  • Un intérêt critique dans la mesure où ces interdictions viennent enrailler les habitudes culturelles et économiques des populations locales. De plus, la pression sur les ressources n’est pas exclusivement due aux rendements qu’exercent les pêcheurs locaux sur les réserves de poisson (certaines compagnies de pêche frigorifique utilisent des techniques de pêche aux rendements destructeurs).

Aussi, ce type de protection renvoie à des approches environnementales, mais également historiques et culturelles. Les zones ainsi protégées recouvrent un ensemble de paramètres physiques, liés à des zones intertidales (relatives à l’estran), mais aussi métaphysiques (rapport à la nature).

Les Aires Marines Protégées doivent donc assumer plusieurs types de gouvernance qui se succèdent ou s’entremêlent selon les contextes et qui nécessitent des approches pluridisciplinaires afin d’appréhender tous les enjeux relatifs à cette zone sans uniquement se focaliser sur des problématiques environnementales.

Il en est de même pour d’autres espaces vulnérables qui doivent faire face à l’évolution de leurs paysages et des pratiques (humaines ou non) qui y sont associées. L’important est d’augmenter son niveau de pertinence en tenant compte de la multiplicité des facteurs et des enjeux tout en s’assurant de suivre un objectif commun, souvent corrélé aux populations locales. En effet, le principe de subsidiarité doit être mis en avant : les décisions doivent être prises par le plus petit niveau d’autorité compétente pour résoudre un problème. Une fois de plus, la géographie, par son rapport à l’espace, est un des outils les plus pertinents pour tenter d’appréhender ces problématiques.

Pierre Benjamin GIRARD, géographe consultant, géoGIR

Environnement et l’épistémologie de la géographie

Environnement et l’épistémologie de la géographie

Une construction historique de la géographie

La géographie ne peut s’appréhender comme une matière à part entière. Son histoire ainsi que son évolution nous indiquent la présence de nombreuses ramifications épistémologiques qui témoignent de la pluralité de ses champs d’études (ex. l’environnement) et de sa confluence entre toutes les matières. Elle incarne l’interdisciplinarité et outrepasse les hypothétiques frontières entre sciences sociales et sciences dites « dures » (ex. géographie humaine et géomorphologie). Ses évolutions ont trouvé leurs essences dans les bouleversements historiques, sociologiques et économiques du 20ème siècle. « Puisque la géographie change, il est tout à fait normal que les géographes aient de plus en plus de préoccupations épistémologiques »  (Bourgeat, 2006).
Nous ne détaillerons pas, dans cet article, les évolutions de la géographie antique, de la renaissance ou encore classique, axées sur l’idiographie, la recherche de l’unique et la mise en évidence des particularités, propre à Paul Vidal de la Blache par exemple. Cette géographie descriptive, basée sur les relations Homme-Nature, va laisser place à une géographie humaine, ouverte sur les sciences sociales, et centrée sur une étude des organisations spatiales et sur l’œcoumène (Berque, 2000), reflétant un espace humanisé. La géographie actuelle est développée dès les années 60 et est caractérisés par une approche nomothétique, une recherche des similitudes. « Depuis les années 60, avec un point de départ en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en Suède, la géographie s’est profondément transformée, produisant, par innovations successives, son paysage actuel » (Lévy et Lussault, 2003). Cette nouvelle géographie, à dominante anglo-saxonne, s’inscrit dans des démarches plus scientifiques qui cherchent à quantifier le monde et tentent d’expliquer les interactions spatiales, les mouvements économiques ou les nouveaux réseaux. Ces évolutions que connait la géographie sont fortement liées à une volonté de reconstruction du monde dans un climat d’après-guerre, là où la société de consommation prend ses racines et où le développement économique des nations rend compte de profondes inégalités. D’un point de vue méthodologique, la science voit se succéder des périodes de « science normale » et des « révolutions scientifiques » qui permettent, à travers l’épuisement d’un paradigme, la genèse d’un autre (Kuhn, 1970). C’est à partir de ces changements idéologiques, de cette volonté de reconstruire le monde, que plusieurs courants géographiques vont apparaitre.
Cependant, il n’est pas question de délimiter ces courants, mais de les entremêler afin d’ouvrir un éventail plus large de réflexion. D’un point de vue postmoderniste, il est primordial, pour comprendre la géographie, d’y apporter une dimension historique afin d’éclaircir au mieux les problématiques qu’elle traite. Ces dernières vont s’inscrire dans des approches spatiales autant que temporelles. En effet, cet article s’inscrit dans une géographie humaine et sociale axée sur l’environnement, ce qui nous amène à nous questionner sur la place de l’environnement et de son étude dans la géographie.

La place de l’environnement dans la géographie

Dans le Dictionnaire de la géographie, Jacques Lévy et Michel Lussault identifient trois courants majeurs dans la géographie : « l’analyse spatiale »,  « la géographie culturelle » et « la nouvelle géographie de l’environnement » dont il souligne l’aspect encore flou. Ainsi, « la nouvelle géographie de l’environnent » apparait comme un courant encore « non réellement identifié ». Comme nous l’avons évoqué précédemment, la géographie a connu différentes périodes composées d’approches et de méthodes différentes. La géographie du 19ème siècle s’apparente à une géographie des sciences naturelles appuyée par une démarche holiste (Smuts, 1929), et basée sur une réflexion déterministe. Au début du 20ème siècle, la géographie va s’intéresser à l’homme tout en gardant une posture naturaliste (géographie vidalienne) amenant une approche positiviste de la géographie. Cette première ouverture vers les sciences sociales va se concrétiser dans les années 1960 avec l’apparition d’une géographie sociale, dites « hors sol » qui ne s’apparente plus à une géographie purement physique, du recensement et de l’idiographie, mais qui s’ouvre indiscutablement aux sciences sociales. La construction d’une science pouvant réunir société et nature se voit être compromise et se solde par une division entre géographie humaine et géographie physique. Cependant, les années 70 vont apparaitre comme une décennie charnière dans les rapports sociétés et environnements à travers la signature de nombreux accords internationaux :

  • 2 février 1971, la convention RAMSAR relative aux zones humides est signée (Entrée en vigueur le 21 décembre 19754).
  • 1972, le Club de Rome dénonce les risques d’une croissance économique débridée dans l’ouvrage intitulé « Halte à la croissance ».
  • 5-16 juin 1972, Conférence des Nations unies sur l’environnement à Stockholm qui aboutit à la création du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUE) qui devient complémentaire au PNUD.
  • 1973, signature de la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (entrée en vigueur le 1er juillet 19755).

Ces différents accords internationaux font échos à une croissance économique et une démographie exponentielle depuis la fin de la seconde guerre mondiale, mais aussi à une anticipation des probables pénuries énergétiques. Ces énergies non renouvelables (ou renouvelables sur un très long terme) comme le pétrole ou encore le gaz commencent à être sérieusement remises en cause ainsi que leurs impacts sur l’environnement.

La géographie au cœur des sciences sociales

C’est donc à travers une évolution historique et sociétale des nouvelles préoccupations internationales, que la géographie va pouvoir envisager une réappropriation du lien entre « action des sociétés et action naturelle » (Chartier et Rodary, 2007). Face à ces différentes remises en cause environnementale, la géographie devrait se placer en première ligne afin de composer avec ces nouvelles dynamiques.

Durant les années soixante-dix à quatre-vingt-dix, la géographie française s’est désarticulée à contrecourant des impulsions scientifiques de l’époque. Tandis que dans les pays anglo-saxons et en Europe de l’Est la géographie allait vers l’environnement sous l’influence de l’écologie, la géographie française s’est effacée devant l’écologie, et l’environnement. (Bertrand, 2010)

Cependant, et depuis les années 90, la géographie participe au débat environnemental, malgré une prédominance des théories de l’écologie (développement du concept d’écosystème qui s’est largement imprégné dans la société) à l’échelle mondiale. Aussi, la géographie va s’appuyer sur diverses sciences pour étoffer ses analyses et construire son discours. Ces réflexions vont s’accompagner des savoirs des sciences physiques et écologiques avec Jean-Paul Deléage notamment : « L’évolution des sociétés humaines met aujourd’hui en jeu les équilibres fondamentaux de la biosphère et la survie de l’humanité » (Deléage, 2010). L’anthropologie va également servir d’outil à la géographie à travers les écrits de Philippe Descola, qui décrédibilise le dualisme entre nature et culture en imposant la nature comme une production sociale. Il met en avant une « écologie des relations » qui n’instaure pas de rupture entre humains et non humains. Les relations entre humains n’apparaissent donc pas comme supérieures aux relations entre humains et non humains. Pour appuyer son discours, il distingue quatre « modes d’identification » : l’Animisme, le Totémisme, l’Analogisme et le Naturalisme. Ce dernier représente les sociétés occidentales qui marquent une frontière entre « soi et autrui » en mettant en avant l’idée de « nature ». « La nature serait ce qui ne relève pas de la culture, la culture différencie l’humain du non humain mais également les sociétés humaines entre elles ».

Le naturalisme est simplement la croyance que la nature existe, autrement dit que certaines entités doivent leur existence et leur développement à un principe étranger aux effets de la volonté humaine. Typique des cosmologies occidentales depuis Platon et Aristote, le naturalisme produit un domaine ontologique spécifique, un lieu d’ordre ou de nécessité où rien n’advient sans une cause, que cette cause soit référée à l’instance transcendante ou qu’elle soit immanente à la texture du monde. Dans la mesure où le naturalisme est le principe directeur de notre propre cosmologie et qu’il imbibe notre sens commun et notre principe scientifique, il est devenu pour nous un présupposé en quelque sorte « naturel » qui structure notre épistémologie et en particulier notre perception des autres modes d’identification. (Descola, 1996).

 Philippe Descola s’est également inspiré des travaux de Bruno Latour pour développer ses thèses ethnographiques. Ce dernier tente de réexaminer la frontière classique entre l’autorité des hommes et les mondes naturels. Latour propose de prendre en compte dans la Constitution des pays, les humains et non-humains en créant un « parlement des choses » où chaque « chose » serait représentée par des scientifiques portant les compétences dans un domaine particulier. Tout comme Descola, il efface le dualisme Homme-Nature au profit d’une complémentarité. « La diversité, ce n’est pas une liste d’espèces et de variétés, mais plutôt les interactions existantes entre les organismes vivants » (Weber, 2007).
La nouvelle géographie de l’environnement est donc un domaine d’étude très actuel qui s’est construit autour de préoccupations environnementales contextualisées. Elle s’est développée grâce à une interdisciplinarité propice à la création d’un éventail plus large de réflexion. Après s’être appuyée sur d’autres sciences, la géographie a développé ses propres outils d’analyse tout en apportant sa propre définition sur des concepts déjà usités.

Pierre Benjamin GIRARD, géoGIR

Diversification des ressources naturelles dans le sud-ouest de Madagascar : des approches environnementales complexes

Je vous présente un résumé de mon mémoire  » Diversification des ressources naturelles dans le sud-ouest de
Madagascar : des approches environnementales complexes » écrit en 2015. N’hésitez pas à me contacter pour des renseignements complémentaires ou pour le lire dans son intégralité :

VERSION FRANÇAISE :

Les problématiques liées à l’environnement et aux ressources font partie des débats actuels en Afrique. L’objectif 7 des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) atteste de ces préoccupations qui s’inscrivent dans des analyses diachroniques des milieux, de leur gestion et des perceptions qui en émanent. Composée d’une variété topographique et de communautés écologiques larges, l’île de Madagascar est donc sujette aux différents débats qui animent à ce jour la gestion de l’environnement. A travers nos travaux, nous nous sommes intéressés aux différents questionnements qui entourent le concept d’environnement. Grâce à la géographie et son fonctionnement interdisciplinaire, nous avons tenté d’élaborer une approche complexe des phénomènes environnementaux en nous intéressant aux ressources naturelles et à leur diversification. Pour cela, nous avons utilisé notre terrain d’étude dans le sud-ouest de Madagascar comme moteur de notre analyse. En effet, notre raisonnement s’appuie sur des enquêtes auprès des populations locales et sur l’observation des projets menés par l’ONG Bel Avenir à Tuléar et à Mangily auxquels nous avons participé. Ces projets s’inscrivent dans des dynamiques environnementales en lien avec la diversification des ressources naturelles. Il s’agit alors de comprendre et d’appréhender les actions menées pour l’environnement à Madagascar à travers le prisme des ONG, des politiques publiques et des instances internationales, tout en gardant à l’esprit l’importance des échelles spatiales et temporelles. Par conséquent, nos analyses indiquent la présence d’une pluralité d’acteurs qui interagissent à des échelles différentes aussi bien sur les aspects décisionnels que pratiques. La mise en place volontaire ou involontaire de cette complexité d’acteurs, de traités et de conventions sur la gestion de l’environnement tend à dissimuler les véritables enjeux relatifs aux réalités du terrain. Grâce notamment au paradigme de la complexité, nous avons tenté d’expliquer dans ce document la nécessité d’une complexification (au sens d’Edgar Morin) des analyses permettant une ouverture du champ de réflexion et une pertinence des actions menées pour l’environnement, au détriment d’une complexité dans la multiplicité des traités et conventions.

Mots clés : complexité, démographie, environnement, géographie, local, ONG, ressources.

VERSION ANGLAISE

The issues related to the environment and resources are part of the current debates in Africa. Goal 7 of the Millennium Development Goals (MDGs) demonstrates that the emanating concerns are part of a diachronic analysis of the environments, management and of the perceptions emanating. Composed of a large topographic variety and ecological communities, the island of Madagascar is therefore subject to various debates about the management of the environment. Through our work, we studied the various questions surrounding the concept of environment. With the geography and a interdisciplinary approach, we have attempted to develop a complex approach to environmental phenomena by focusing on natural resources and their diversification. For this, we used our field of study of the southwest of Madagascar as an engine of our analysis. Indeed, our reasoning is based on surveys of local people and on the observation of projects conducted by the NGO Bel Avenir Mangily in Tulear to which we participated and on which we have worked on. These projects are part of the environmental dynamics related to the diversification of resources. It is also to understand and comprehend the actions necessary for the environment in Madagascar through the prism of NGOs, public policy and international bodies, and bearing in mind the importance of spatial and temporal scales. Therefore, our analyses indicate the presence of a plurality of actors that interact at different scales on both the decision and practical aspects. The setting up of voluntary or involuntary complexity of actors, Treaties and environmental management conventions tends to mask the real issues related to ground realities. Particularly through the paradigm of these complexities, we have tried to explain, in this document, the need for a complexity (as Edgar Morin) analyses for an opening in the field of reflection and relevance of actions for the environment at the expense of complexity in the multiplicity of treaties and conventions.

Keywords: complexity, demography, environment, geography, local, NGO, resources.

Pierre Benjamin GIRARD, géoGIR

l’intercommunalité

  • En quête d’une mise en place intercommunale efficace : lois, acteurs, intercommunalité et projets

Les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) sont des regroupements de communes ayant pour objet l’élaboration de « projets communs de développement au sein de périmètres de solidarité ». Ils sont soumis à des règles communes, homogènes et comparables à celles de collectivités locales. Les communautés urbaines, communautés d’agglomération, communautés de communes (EPCI à fiscalité propre), syndicats d’agglomération nouvelle, syndicats de communes et les syndicats mixtes sont des EPCI (EPCI sans fiscalité propre. Leur développement s’effectue à partir 1999 avec la loi Chevènement prévoyant un « renforcement de la coopération intercommunale » (Annexe). Cette loi s’inscrit dans la continuité de la loi Voynet en 1999 sur « l’aménagement et le développement durable du territoire ». La volonté d’une réorganisation territoriale s’effectue en 2000 avec le rapport Mauroy avec pour objectif de « refonder l’action publique locale ». L’acte II de la décentralisation (loi du 13 août 2004) ajoute la possibilité de fusionner les groupements de communes, pour rationaliser la carte intercommunale. Ce système se place dans le processus de décentralisation (lois Defferre en 1982 et 1983).

Le lien entre EPCI et Canton est relativement étroit et se matérialise dans l’élection de ses acteurs. En effet, le conseiller général est le moteur de la construction des EPCI et parvient à faire du canton le moteur de la coopération intercommunale en milieu rural, voire périurbain : cela permet des actions locales, ainsi qu’une meilleure image du canton et des EPCI. Le développement local et donc une construction territoriale. La présidence de l’EPCI s’accorde souvent avec un mandat de conseiller général, car il a une faible reconnaissance de sa fonction et l’on ignore même son existence. Cependant, les EPCI doivent remettre en cause la matrice cantonale afin de construire de réels bassins de solidarité. Le canton sert ainsi de relais dans la coopération intercommunale et constitue un espace intéressant pour la mise en œuvre d’actions de développement local. L’intercommunalité, à travers sa relation avec le canton, se doit de trouver l’équilibre entre long terme et services de court terme pour sa population. L’efficacité des EPCI se constitue également, dans le cas de communes relativement petites, comme un porte-voix, un interlocuteur crédible pour discuter avec des entités territoriales plus importantes, comme la région par exemple.

  • La construction d’un nouveau territoire durable : l’intercommunalité

La volonté d’instaurer une durabilité des territoires oblige une organisation des communes à travers un système de regroupement. Ainsi, « l‘intercommunalité permet aux communes de se regrouper au sein d’un établissement public soit pour assurer certaines prestations (ramassage des ordures ménagères, assainissement, transports urbains…), soit pour élaborer de véritables projets de développement économique, d’aménagement ou d’urbanisme. Depuis la loi de 1999, les communes ne peuvent pas adhérer à plus d’un établissement de coopération intercommunale à fiscalité propre ». La construction de ces territoires s’entremêle autour d’entités administratives régulièrement remises en question. Nous pouvons donner l’exemple des régions, des départements, mais aussi des cantons. Ces perpétuelles remises en cause des territoires locaux posent les questions de la durabilité de ceux-ci. Dans « La petite fabrique des territoires » de Martin Vanier, des questions se posent quant à la légitimité des échelles administratives. Le département est-il amené à disparaitre au profit des EPCI ? Quelle est la gestion la plus pertinente des territoires ? La pratique du terrain nous a mis en évidence un hiatus entre l’intercommunalité comme lieu de vie et l’intercommunalité comme lieu de la politique. Les départements et les cantons, menacés par les nouveaux territoires (EPCI, Pays…) résistent en continuant de se construire grâce aux entités mises en place pour les supprimer. Le département reste le territoire le plus compréhensible pour les habitants et reste encore aujourd’hui, malgré les nouveaux espaces locaux, comme des territoires relativement bien implantés dans les consciences collectives, mais aussi dans la culture. Les différentes échelles ont en commun une quête d’identité, de pertinence, mais aussi d’une reconnaissance en tant que territoire.

Cependant, chaque entité territoriale semble avoir des objectifs bien particuliers. Le canton s’apparente ainsi à un territoire administratif d’élection, tandis que l’espace d’action tient sa pertinence dans les EPCI. Le canton trouve son intérêt dans l’idée d’une continuité entre le monde urbain et le monde rural. Le département permet de donner un cadre légal à la France à travers les élections, mais aussi les impôts. Il reste une entité indispensable en matière d’actions de proximité. La région apparait comme une échelle plus moderne de la vie économique et sociale. Nous sommes bel et bien en présence d’un millefeuille territorial. Ainsi, les EPCI sont une menace pour les départements, car elles ont la liberté de délimiter leur périmètre d’action. De plus, leur niveau d’intégration (c’est-à-dire la diversité des activités que gère la communauté de commune, comme les transports scolaires ou les ordures…) indique une réelle volonté de durabilité. Les communes, qui ne se composent que d’un ramassage scolaire en communs, s’inscrivent dans une durabilité moins marquée que des communes qui partagent des activités multiples comme les ordures, la culture, la prise en charge de l’handicap ou encore de l’accessibilité.

  • L’intercommunalité comme réponse à des difficultés territoriales : l’exemple de la mobilité

Les évolutions territoriales que la France a pu subir au cours du siècle dernier obligent une étude des dynamiques territoriales qui se sont construites jusqu’à ce jour. Ainsi, un rapide historique, de la situation des campagnes tend à montrer l’apparition d’une certaine forme de « vide » au sein de quelques régions. En effet, cette « France du vide » fait l’objet de nombreuses réflexions dans les années 1960, 1970 et 1980 notamment avec Roger Beteille (La France du vide). Des plaines céréalières de la Beauce, en passant par les plaines de montagne, les départements tendent à se « désertifier » et mettent en danger leur durabilité à fortiori dans les périodes de fort exode rural. Cependant, l’accroissement de la mobilité grâce au développement de la voirie, mais aussi grâce aux avancées mécaniques, voire technologiques, ont permis une certaine forme de désenclavement pour ces territoires. Cette idée d’enclavement est intéressante si l’on compare le sentiment de vide que peut ressentir l’habitant de ces zones et l’idée que l’on s’en fait. Lors de notre sortie terrain, les nombreuses discussions avec les habitants, au sein du cercle de la paix nous a mis en évidence un sentiment inverse de la notion de vide. Bien au contraire, le maire nous expliqua même non sans une pointe d’ironie, que la commune de sore apparait, de par sa situation géographique, comme un centre (entre Bordeaux, l’océan Atlantique, le Pays Basque…) et non comme une périphérie ou une enclave.

Comme nous l’avons déjà abordé, l’accroissement des mobilités assure une forme de désenclavent des communes considérées comme telle. La mise en place d’une intercommunalité dans ces espaces permet de rendre les difficultés territoriales moins pénibles, voire acceptables. Ainsi, depuis quinze ans, nous constatons donc une évolution croissante du pourcentage de communes regroupées. Au sein d’une même intercommunalité, les espaces entre les communes peuvent être considérables. La mobilité devient ainsi incontournable et fait partie intégrante de l’Habiter de ces communes. Cette mobilité est rendue possible grâce à la réunion des communes dans des EPCI. La mise en place de ces intercommunalités permet de fournir des solutions institutionnelles afin de gérer l’espace et les distances entre ceux-ci. Cette gestion amène une assise durable des territoires en s’organisant, afin de faire face aux difficultés territoriales qu’ils peuvent rencontrer dans des zones montagneuses, de forêts étendues ou de grandes plaines.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre Benjamin GIRARD, géoGIR

La Géographie

La géographie

La géographie

 

La géographie s’attache à diagnostiquer les besoins d’une société et d’un territoire afin de rendre pertinents les modes et les genres de vie de la population sur ce dernier.
Les problématiques territoriales et sociétales actuelles répondent à l’évolution des pratiques spatiales que connait la France. Ces changements doivent répondre aux défis du 21ème siècle qui se concentrent autour d’un développement durable dans lequel la croissance économique, l’équilibre environnemental et l’équité sociale sont pris en compte.
Afin de répondre à ces attentes, le géographe développe des compétences dans les secteurs de l’environnement, de l’aménagement, de l’intelligence et du marketing territorial.
La géographie, par son interdisciplinarité, est devenue une science indispensable dans l’analyse, la gestion et les diagnostics territoriaux.
Les préoccupations actuelles liées au déploiement d’un monde global et à l’émergence du local permettent à l’analyse géographique de devenir les outils de réflexion et d’action incontournables pour les collectivités territoriales, les entreprises et de manière générale les acteurs de notre société.

Pierre Benjamin GIRARD, géoGIR

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