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News et actualités sur la géographie, l’environnement et le tourisme. Découvrez les différents thèmes de la géographie à travers des articles de qualité.

 

Habiter le voyage : Conteneur et mondialisation

Habiter le voyage : conteneur et mondialisation

Habiter le voyage conteneur et mondialisation

Conteneur et mondialisation

Conteneur et mondialisation. La containérisation du monde est un processus connu qui s’est accéléré après la Seconde Guerre mondiale. Le conteneur s’est à ce jour imposé dans les circuits de production et de distribution mondiaux et apparaît comme un des outils principaux de la mondialisation. Il est le symbole des échanges internationaux et prend une place prépondérante dans les paysages urbains et portuaires des Nord et des Sud.
Le conteneur est également au centre de nombreux débats sociaux, environnementaux, économiques et géographiques. Il est la figure de proue du grand capital et s’est immiscé, dès son apparition à la révolution industrielle, dans les sociétés nouvellement industrialisées d’Europe et d’Amérique.

Réappropriation du conteneur

Le duo conteneur et mondialisation s’effrite. Depuis la fin des années 70, le conteneur a intégré les milieux artistiques et notamment architecturaux pour devenir un outil design utilisé par certaines élites urbaines. Il participe aux phénomènes de gentrification des grandes villes et devient un outil de réhabilitation et de réappropriation de friches industrielles. On le retrouve dans les cités universitaires d’Amsterdam et du Havre notamment. Destiné au départ à un usage indifférencié de masse, le conteneur devient un bien adapté à des contextes et à des usages précis. Il est devenu une interface entre terre et mer, mais également entre capitalisme et société. Ainsi, et d’un point de vue critique, l’économie, sauf si encadré par l’État, vient imprégner tous les aspects de la vie à commencer par l’habitation. Habitat flexible et flexibilité marchande.

« Cette fois encore, l’événement fut particulier à l’Angleterre ; cette fois encore, le commerce maritime fut à l’origine d’un mouvement qui affecta le pays tout entier ; et cette fois encore ce furent des améliorations menées sur la plus grande échelle qui causèrent des ravages sans précédent dans l’habitation du petit peuple » (Polanyi, la grande transformation, 1983).

conteneurs et Voyages

Les analyses et les réflexions ambivalentes sur l’objet conteneur suscitent la curiosité du géographe. En effet, le conteneur s’est entaché d’une réputation critiquable à bien des égards. Il est au cœur de polémiques environnementales (pollution des porte-conteneurs, recyclage des conteneurs usagés, etc.), économiques (outil du grand capital, etc.), sociétales (quelle place pour les logements conteneur ?) et juridiques (le conteneur est souvent assimilé juridiquement à de l’habitat précaire et à du logement mobile. Dans le cas des résidences universitaires du Havre, les locataires craignaient de voir disparaitre leur droit de vote. Cela pose également des questions concernant les APL). Les débats sont justes et les détracteurs du conteneur légitimes.

Cependant, il possède le mérite de surprendre. Son utilisation actuelle allie pratique et esthétique. Mobile, modulable, il s’amuse à installer de l’infini dans du fini.
Le conteneur dispose d’un pouvoir sur l’imaginaire non négligeable. Il incarne le voyage, la mobilité, l’anonymat, l’antimonde et est devenu l’image d’Épinal du transport maritime associée aux aventures de Tintin ou aux œuvres d’Hugo Pratt. La transformation progressive du conteneur en objet artistique ou d’habitat est directement soutenue par sa dimension allégorique. Il joue le rôle du nomade sédentaire. Nous le voyons toujours immobile, entassé dans les ports alors qu’il ne cesse de naviguer. Il amène du Nord dans le Sud et du Sud dans le Nord.

Le conteneur est par conséquent devenu un objet incontournable au 21ème siècle. Ses utilisations sont multiples. Les créations par son détournement compensent aujourd’hui, en partie, les aspects critiquables de ce dernier. Pour cause, de nombreux projets d’habitation fleurissent dans le monde et en Afrique notamment. Le binôme conteneur et mondialisation se décline à ce jour à l’infini. Prolongeons encore et encore le voyage.

conteneur et mondialisation

Pierre Benjamin GIRARD, géogir conseils, geogir.fr

Qui doit figurer sur la carte du monde des meilleurs écrivains ?

Qui doit figurer sur la carte du monde des meilleurs écrivains ?

Cette carte de la littérature du monde ou carte du monde des meilleurs écrivains a été réalisée et publiée par Backforward24 sur Reddit. Elle se construit à partir de collages de couvertures de romans célèbres et met en avant un écrivain « emblématique » pour chaque « nation ».

L’idée est intéressante, mais affiche 3 problématiques majeures : quels sont les critères (qu’est-ce qu’un écrivain ? qui décide ?), qu’entend son auteur par « nation » et quelles sont les erreurs flagrantes de sa classification ?

Une erreur évidente saute aux yeux puisqu’Albert Camus est né en Algérie avant l’indépendance. Camus est donc français. Les écrivains et les romans algériens ne manquent pourtant pas (ex. Mohammed Dib).

Quels sont les critères qui définissent une Nation ? Kafka est né à Prague. Il n’est donc pas allemand. Il n’est pas tchèque non plus car nous sommes à l’époque de l’empire austro-hongrois. D’accord, mais il écrit en langue allemande diront certains. En France, il est considéré comme un écrivain tchèque de langue allemande.

De la même façon, pourquoi Victor Hugo en France et pas Charles Baudelaire ou Charles Péguy ? Les exemples sont nombreux sur chaque continent. Quelle est donc la méthode de classification de l’auteur ?

Backforward24 affirme s’être appuyé sur les critiques de livre présents sur le site américain Goodreads.

« J’ai choisi les livres en fonction des critiques sur Goodreads [une plate-forme de lecteurs en ligne], de l’accueil critique, du nombre de gens qui connaissent le livre, des choses comme ça. »

Cette carte du monde ne représente donc pas les plus grands livres de chaque nation, mais les livres de chaque nation les plus célèbres aux Etats-Unis. Pour cause, les misérables est à ce jour à l’affiche d’une comédie musicale qui cartonne aux Etats-Unis. Certaines critiques mettent également en avant le fait que Le Dieu des petites choses, d’Arundhati Roy, ne mérite pas de recouvrir à lui seul le sous-continent indien, fait remarquer un lecteur.

« C’est un livre connu par les anglophones en Inde, mais ce n’est certainement pas le livre le plus influent. Il y a des romans en hindi, en tamoul ou en bengali qui sont bien plus célèbres. »

Les choix peuvent être pertinents en Europe et pour les Etats-Unis (quoique) mais semblent très discutables pour l’Asie et l’Afrique. Cette carte littéraire du monde a cependant le mérite de lancer le débat et met en avant des auteurs africains, asiatiques et sud-américains peu connus du grand public européen et américain !

 

Pierre Benjamin GIRARD, www.geogir.fr

 

 

 

Zealandia, un nouveau continent ?

Zealandia, un nouveau continent ?

Le nombre de continents sur terre est actuellement en train d’être remis en cause. En effet, la société géologique américaine composée de chercheurs néo-zélandais, australiens et néo-calédoniens, vient de publier un article sur la découverte d’un « nouveau » continent.

Quelles sont les spécificités géographiques et géologiques de Zaelandia ?

Zaelandia est maintenant rentré dans la nomenclature des continents de notre planète terre. Environ 94% de cette zone se situe en dessous du niveau de la mer. Sa partie émergée est représentée par la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calédonie. Zaelindia est aussi vaste que l’Inde et faisait autrefois partie du supercontinent le Gondwana. Il est le plus jeune continent puisque sa croute est la plus fine et la plus submergée de tous les continents. Néanmoins, et selon Catherine Chauvel, directrice de recherche du CNRS à l’Institut des Sciences de la Terre à Grenoble, le Zaelindia ne serait pas vraiment un continent puisque la particularité de ces derniers réside dans leur caractère émergé. « Certes il y a une cohérence dans les structures géologiques, mais la caractéristique principale d’un continent est tout de même d’être émergé. Là, ce n’est pas vraiment le cas ». Un ensemble de critères mis en évidence par les chercheurs permettent de définir un continent :

  • Elévation au-dessus de la zone environnante
  • Géologie distinctive
  • Une zone bien définie
  • Une croûte plus épaisse que le sol régulier de l’océan

Le Zaelandia remplit suffisamment ces critères pour être ajouté aux 7 continents existants. Cependant et en prenant comptent des critères appropriés au Zaelindia, on peut également considérer Madagascar ou encore le Groenland comme des continents.

Enfin, il semblerait que la découverte de ce nouveau continent n’en soit pas réellement une ! Pour cause, la société géologique américaine explique dans sa publication que le Zaelandia « n’est pas une découverte soudaine, mais plutôt une prise de conscience progressive ». En effet, cette zone fait l’objet d’études et de recherche depuis le 19ème siècle. Le nom de Zaelandia a même été proposé en 1995. La rédaction de cet article est donc le résultat de plusieurs années de recherche. Les critères ont évolué à tel point que de nouvelles portions du globe peuvent à ce jour revendiquer le statut de continent.

Pierre Benjamin GIRARD

Mais où est la géographie ?

 

La géographie

L’espace et le temps ?! Voilà sur quoi réfléchit l’espèce humaine. Les chemins diffèrent, les époques se font, les recherchent avancent et parfois un raisonnement émerge. Qu’est-ce que l’espace et le temps ? Les adeptes de Douglas Adams répondront 42, les philosophes s’opposeront, les mathématiciens découvriront la relativité générale. Et le géographe ?

Le géographe s’adapte ! Il fait des cartes quand c’est la guerre, il recense quand c’est nécessaire, il découvre quand on pense qu’il n’y a plus rien à découvrir… Mais pas seulement…
Le géographe, c’est une personne ressource, celle qui relance les sciences sociales quand ces dernières ont un point de côté, celle qui donne une boussole pour repérer et se repérer. La géographie est un couteau suisse, elle développe les idées comme l’outil prolonge la main. Mais concrètement ?

La géographie réfléchit, définit, les problématiques temporelles, spatiales et environnementales actuelles. Elle est à la fois devant et derrière l’œil. Elle s’interroge sur l’espace, le territoire, le lieu, les frontières, etc. Elle possède souvent une longueur d’avance lui permettant d’avoir un avis pertinent. La géographie sert à nuancer l’espace et le territoire. Elle en observe dix quand la plupart n’en voient qu’un !

Alors pourquoi ne l’entendons nous pas ?

La géographie a trop peu la parole. Science du lien par excellence, elle laisse souvent sa place aux sciences de références, utiles, mais parfois à bout de souffle, usées par le temps et la modernité. La géographie, elle, a su s’adapter et même anticiper ! Son champ d’application est infini, de la géomorphologie à la démographie.

Mais, dans une période où la spécialisation est devenue un gage de compétence, la géographie effraie. La compartimentation des savoirs, des domaines d’activité a écarté la géographie des débats publics. A ce jour, chaque tâche est compartimentée, imperméable au recul donc à la pertinence. Le travail à la chaîne a transcendé le cadre des usines pour s’installer et cloisonner à sa façon les différents secteurs d’activité. Chacun son savoir, ses compétences, son travail, son espace, son territoire, ses frontières… Moi, géographe, je ne serais bon qu’à connaitre la sous-préfecture des Vosges à l’instar du juriste qui connaitrait par cœur son code civil. Les choses sont bien plus complexes, ne vous en déplaise !

Les ravages de la spécialisation sont visibles sur toute la planète ! Les spécialistes de la santé ont donné des moustiquaires aux habitants Vezo de Madagascar, ces derniers s’en sont servis de filer de pêche pour racler les fonds coralliens. Les spécialistes de l’environnement ont évacué les populations autochtones des espaces protégés, l’écosystème s’est effondré. La liste est encore longue ! Les spécialistes ont vaincu ? Surement pas !

Aussi, la géographie n’est en aucun cas la solution miracle à nos lacunes méthodologiques. Elle commet des erreurs, fait parfois fausse route et n’est pas toujours à la hauteur de ses propres interrogations. Elle possède cependant ce que beaucoup n’ont plus : une pensée complexe (complexus : tisser ensemble) ! Les modes de pensée traditionnels compartimentent les disciplines. La géographie lutte contre l’isolement des objets de connaissance et appréhende le réel en entrecroisant les savoirs. C’est la science du lien ! Les grands génies de ce monde en sont l’exemple parfait : Léonard de Vinci était à la fois artiste, scientifique, ingénieur, inventeur…

Nous sommes tous géographes !

Pierre Benjamin GIRARD, géographe consultant, www.geogir.fr

Le géocaching, c’est quoi ?

Qu’est-ce que Le Géocaching ?

Le géocaching est une activité de plein air qui s’est développée dans les années 2000. L’objectif est de localiser, à l’aide de coordonnées géographiques, un objet, dissimulé dans des espaces urbains ou ruraux. Cette pratique a vu le jour après l’ouverture au grand public du system Global Positionning System (GPS) le 2 mai 2000. Jusqu’alors utilisé par le gouvernement américain, le GPS grand public (localisation d’un objet dans un rayon de 20m) a ouvert de nouveaux horizons pour la surveillance, les transports, mais aussi pour les loisirs.
Le 3 mai 2000, Dave Ulmer, consultant en informatique, testa la précision du GPS en dissimulant un objet dans une forêt. L’objet avait pour coordonnées N 45° 17.460 W 122° 24800 (Beavercreek près de Portland). Cette première idée fut baptisée « Great American GPS Stash Hunt ». La consigne était simple : « take some stuff, leave some stuff » (prenez quelque chose, laissez quelque chose). De nombreuses personnes trouvèrent la boite et recommencèrent à leur tour l’expérience. Des sites internet dédiés à cette activité sont mis en ligne. Le terme « géocaching » est adopté le 30 mai 2000.

Liste des géocaches à Paris. Source : www.geocaching.com

 

A ce jour, le géocaching est une véritable activité pratiquée par des millions de personnes à travers le monde. Des énigmes sont parfois utilisées pour trouver les coordonnées géographiques et certains objets sont placés dans des endroits reculés. Il existe à ce jour des géocaches sur toute la planète!

Géographie et géocaching

En dehors de son aspect ludique, le géocaching développe de nombreux atouts géographiques pour les Homo geographicus que nous sommes (nous sommes tous potentiellement géographe comme le sous-entend le titre du livre de Robert David Stack publié en 1997 : Homo geographicus).  Le géocaching fait appel à des représentations nouvelles de l’espace. Les objets sont dissimulés dans des endroits devenus communs, où la contemplation de l’espace s’est effacée au profit de son utilisation pratique, quotidienne. Pourquoi s’arrêter sur ce pont ou au coin de cette rue ? Il met en avant la superposition des territoires et entraîne de nouvelles pratiques spatiales. Il permet de sortir des sentiers battus et remet en cause les pratiques courantes de l’espace imposées par l’aménagement territorial (rues, routes, etc.). Le géocaching est donc une première étape dans la théorie de la dérive (Guy Debord, 1956). L’objectif ultime est de se laisser dériver dans l’espace sans finalité précise, hors des trajectoires préétablies. « Les axes de circulations habituels nous entraînent trop souvent vers des lieux fonctionnels et parfois hostiles «, Guy Debord. Même si le géocaching possède ses propres finalités, il permet cependant de dériver dans l’espace.

Quelle est sa portée ?

Cette nouvelle pratique de la ville pourrait intéresser les collectivités locales afin de diversifier leurs activités et mettre en valeur leur patrimoine.
Prenons l’exemple de la ville de Lisieux. L’organisation spatiale de la ville prend en compte son histoire. Des parcours avec marquage au sol ont été développés afin de permettre aux touristes de se déplacer entre les différents lieux de vie et de culte liés à Saint Thérèse de Lisieux. L’idée est bonne et pourrait être déclinée sous plusieurs formes à l’aide notamment du géocaching. « La géographie n’est autre chose que l’Histoire dans l’espace et, de même que l’Histoire est la géographie dans le temps », Elisée Reclus. Le million de visiteurs annuel aurait alors la possibilité d’emprunter des trajets alternatifs afin de pratiquer la ville comme il l’entend et mettre en avant « l’espace mobile ». Le géocaching permettrait ainsi d’associer ceux qui contemplent l’Histoire et ceux qui contemplent l’Espace !
Un jour, je l’espère, on construira des villes pour dériver. En attendant, certaines activités comme le géocaching permettent de s’extraire des flux habituels.

Comment pratiquer le géocaching ?

Différents sites internet permettent à ce jour de pratiquer le géocaching. Cependant, le site www.geocaching.com est le plus abouti et s’inscrit dans une pratique internationale du géocaching. Il propose des milliers de géocaches à travers le monde avec leurs coordonnées et de multiples activités dans sa version Premium. Vous pouvez consulter les règles du jeu, cacher des objets à votre tour et créer des communautés.
Des pages Facebook, des applications smartphone ainsi que des sites français sont également dédiés à cette activité (ex. www.france-geocaching.fr).

Pierre Benjamin GIRARD, géographe consultant, géoGIR (www.geogir.fr)

Le paradigme d’autorité et de confiance mutuelle

Qu’est-ce que c’est ?

Les ressources naturelles sont à ce jour menacées par une pluralité de paramètres sociaux, économiques et environnementaux qui questionnent sur l’attitude des populations locales, la pertinence des politiques publiques et les actions des ONG. L’équilibre entre « conservation » et « prise en compte progressive » de la situation par l’intermédiaire du développement durable et ses trois piliers apparaît précaire. Pour cause, les moyens limités que possèdent les Etats pour assurer des politiques publiques environnementales cohérentes et soucieuses des dynamiques locales font face à une ambition de ces derniers de s’insérer dans le débat environnemental mondial. Cet équilibre fragile renvoie à deux modes de gouvernance s’appuyant sur deux paradigmes distincts : le paradigme d’autorité et le paradigme de confiance mutuelle.

Le paradigme d’autorité se réfère au rôle des autorités publiques dans la gestion et l’évaluation des risques. Les réglementations sont élaborées de manière centralisée et cela pour chaque type de risque. La mise en place de ces réglementations trouve sa légitimité à travers l’analyse d’experts scientifiques. A l’inverse, le paradigme de confiance mutuelle met en avant des processus de décisions décentralisées où une multitude d’acteurs prennent part à la gestion des ressources et l’analyse des risques. Le savoir scientifique n’est pas le seul critère décisionnel. La confiance mutuelle prend son sens dans la multiplicité des parties prenantes (stakeholders). Ces dernières représentent une entité, une institution, un groupe de personne, une entreprise, qui ont un intérêt en jeu. Les médias, les bailleurs de fonds, les actionnaires ou encore les ONG sont des parties prenantes dans le domaine de l’environnement. Les décisions qui en découlent relèvent d’une autorité collective et reposent sur les bases d’une confiance sociale entre les parties prenantes. Néanmoins, les diverses autorités présentes dans ce paradigme amènent à une surreprésentation de certaines parties prenantes dans les initiatives de gestions des ressources naturelles. Dans certains pays en voie de développement (ex. Madagascar) les ONG joueraient un rôle capital dans la gestion des ressources naturelles. « Ces rôles démesurés des ONG tendent non seulement à éroder l’autorité de l’Etat, mais de plus ne donnent pas suffisamment de place aux communautés locales, à travers un « simulacre » de participation » (Dahou et Weigel, 2004).

Une complémentarité certaine dans ces deux modes de gouvernance

D’un point de vue pratique, l’approche « autoritaire » est pertinente dans un contexte de décision simple dans la mesure où l’identification d’un risque (qui rappelons-le, représente la convergence entre un aléa et une vulnérabilité) et les solutions qui en découlent entrainent un bénéfice certain à la société dans sa globalité. En outre, l’approche de « confiance mutuelle » est utile dans des contextes spécifiques et caractérisés par une complexité marquée par la présence d’une multitude d’acteurs et d’enjeux avec des intérêts différents. Ces distinctions entre ces deux paradigmes permettent de les définir et de les appréhender, mais n’engagent pas une différenciation totale. Pour cause, ils s’entremêlent souvent dans la gouvernance environnementale et se succèdent mutuellement quand l’un des deux est dans l’impasse.

Ces types de gouvernance se retrouvent par exemple dans la gestion des Aires Marines Protégées (AMP). Ces dernières ont été généralisées par la Convention sur la diversité biologique et visent à protéger une partie ou la totalité de l’environnement qu’elle délimite.  3 types d’AMP peuvent être identifiés et définis.

  • L’AMP « réserve » qui est une réserve intégrale, une zone de conservation totalement protégée où les prélèvements sont interdits. Cette définition est utilisée par l’UICN.
  • L’AMP « multi-usage » est un espace utilisé par différents acteurs, mais qui a une vocation de conservation. Les usages sont présents sur la totalité ou partie de la zone conservée. De plus, une partie de leur surface est entièrement protégée.
  • Les « Restrictions Spatio-Temporelles » (RST) incluent les zones de pêche et la protection d’une ressource halieutique et l’optimisation de la pêche.

  La mise en place de ces espaces protégés accumule 4 intérêts majeurs :

  • Un intérêt écologique évident qui oblige une protection et une restauration du patrimoine naturel.
  • Un intérêt touristique comprenant des composantes culturelles et pédagogiques.
  • Un intérêt halieutique dans la multiplication du nombre de poissons et de crustacées compte tenu de l’interdiction d’accès de ces zones. En conséquence, les populations locales ont du mal à pêcher selon leurs besoins.
  • Un intérêt critique dans la mesure où ces interdictions viennent enrailler les habitudes culturelles et économiques des populations locales. De plus, la pression sur les ressources n’est pas exclusivement due aux rendements qu’exercent les pêcheurs locaux sur les réserves de poisson (certaines compagnies de pêche frigorifique utilisent des techniques de pêche aux rendements destructeurs).

Aussi, ce type de protection renvoie à des approches environnementales, mais également historiques et culturelles. Les zones ainsi protégées recouvrent un ensemble de paramètres physiques, liés à des zones intertidales (relatives à l’estran), mais aussi métaphysiques (rapport à la nature).

Les Aires Marines Protégées doivent donc assumer plusieurs types de gouvernance qui se succèdent ou s’entremêlent selon les contextes et qui nécessitent des approches pluridisciplinaires afin d’appréhender tous les enjeux relatifs à cette zone sans uniquement se focaliser sur des problématiques environnementales.

Il en est de même pour d’autres espaces vulnérables qui doivent faire face à l’évolution de leurs paysages et des pratiques (humaines ou non) qui y sont associées. L’important est d’augmenter son niveau de pertinence en tenant compte de la multiplicité des facteurs et des enjeux tout en s’assurant de suivre un objectif commun, souvent corrélé aux populations locales. En effet, le principe de subsidiarité doit être mis en avant : les décisions doivent être prises par le plus petit niveau d’autorité compétente pour résoudre un problème. Une fois de plus, la géographie, par son rapport à l’espace, est un des outils les plus pertinents pour tenter d’appréhender ces problématiques.

Pierre Benjamin GIRARD, géographe consultant, géoGIR

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